Morsmordre

[FlashBack] 1940 - C’est long à élever, un père. [Rp Solo]

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Professeur de Poudlard
Dim 25 Mar - 16:09



Le 5 Septembre 1940

Le soleil venait à peine illuminer le petit village de sorcier quand un grand hibou sombre prit son envol jusqu'à la capitale. Ébène était chargée de remettre une lettre au medicomage en charge de Pearl dans les plus brefs délais. Depuis la veille, la vampire était en proie à des douleurs au ventre, si elle n'avait pas voulu avertir son médicomage c'est peut être par fierté, ou simplement parce que c'était trop tôt.
L'enfant n'était pas attendu avant plusieurs semaines. Face à la souffrance de sa compagne, William céda à la panique et prit l’initiative de faire appeler quelqu'un. En quelques heures à peine la ruelle entière fut réveillée par les craquements sonore du medicomage et de ses infirmiers On ce presse devant la maison, malgré les sourires plaqués sur les lèvres de ce beau monde il n'en faut pas d'avantage au sorcier pour comprendre que quelque chose n'allait pas. On entre on serre quelques mains et on ce précipite vers l'étage ou ce situe la chambre à coucher. La future mère y est allongée, ses traits sont tirés, ses yeux cernés et elle semble plus pâle qu'à son habitude. William a simplement le temps d'apercevoir le bleu de ses yeux avant que la porte ne ce ferme.
On ne l'a pas convié à participé à l'examen, une assistant le tire vaguement par l'épaule pour qu'il libère le couloir, lui conseillant de patienter à l'étage inférieur. Sa voix est claire, douce, presque trop rassurante étant donné l'angoisse qui régnait dans la maison. William descend machinalement les quelques marches, le son des voix s'étouffe et le silence règne à nouveau. Il est seul, minuit s'approche en gémissant lentement, il n'y a que ses pleurs qui accompagnent les craquements du plancher au dessus de leurs têtes. Le sorcier est en prise avec son inquiétude et la frustration de ne pas pouvoir intervenir. Intervenir pour quoi faire ? Il était incapable de gérer cette situation et c'est peut être ce qui devait l'agacer plus que tout.
Étrangement dans ce genre de situation, la seule chose qui réussit à le calmer et de s'adonner à du rangement. Le rangement occupe l'esprit, il permet de se focaliser sur quelque chose de concret et d'immédiat. Il commence par son placard à potions, les rangent par taille, par couleur et par nature, tout doit être à sa place, ingrédient, plantes, onguent, concoction, élixir, filtres et autres remèdes. Les minutes passent, les heures défilent et la maison n'a jamais été aussi bien rangée pourtant les volets sont clos et la porte indique « fermé », personne ne viendrait aujourd'hui, pas tant que le monde qui s'agitait au dessus n'aura déguerpis de là.
William tourne en rond sous le regard de minuit qui semble étrangement être le plus calme de la maison. On s'agite toujours à l'étage, des éclats de voix viennent briser le craquement régulier du bois, des cris, de la douleurs, des bruit de pas précipités. Machinalement il s'avance vers l'escalier alors que cette infirmière redescend. Elle plante son regard ambré dans celui du sorcier avant de remonter ses grosses lunettes rouge à l'aide de son index. Elle lui barre le chemin. Même si elle ne lui interdit pas de monter sa simple présence empêchait William de rejoindre la chambre. Pas un mot, simplement des regards, elle le fixait avec un demis sourire beaucoup trop polie. Le genre de sourire qui s'étalent sur les lèvres pour cacher une vérité un peu difficile à entendre. La jeune femme brisa le silence de sa voix fluette, proposant une tasse de thé ou de café pour patienter dans le salon.
Patienter ?
Il ne faisait que ça depuis ce matin, il aurait aimé crier ou simplement pousser la petite femme d'un coup d'épaule mais il n'en avait pas la force. C'est la peur qui l'entravait, il ne savait pas à quoi s'attendre là haut et quelque part il n'avait pas envie de le découvrir, alors il tourne les talons et se dirige vers la cuisine talonné de prés par la petite demoiselle à lunette rouge. Elle ne vas pas le lâcher, elle reste à ses cotes, essayant d'engager une discutions que ne se ponctue que de quelques hochements de tête ou de réponses courtes tel que « oui » ou « non ». William n'a pas le cœur à parler, et surtout pas à une inconnue, mais ça n’arrête pas la jeune fille qui poursuit sur un ton beaucoup plus sérieux.

«  Monsieur Marshall il faut que vous sachiez que votre épouse est entre de très bonnes mains, malheureusement suite à quelques complications l'accouchement est plus difficile que prévu »

Le sorcier regarde la jeune fille dans les yeux quelques secondes, il semble surpris sans vraiment oser le montrer. L'accouchement ? Il n'avait pas envisagé ce cas de figure, en réalité depuis ces dernier mois, même en sachant que ce moment allait arriver, il ne s'y était pas préparé. Le préparer, c'était l'affronter et assumer définitivement la situation. Il n'y était décidément pas prêt.. Pourtant, cette sorcière venait de lui apprendre que l'enfant arrivait, qu'il arrivait aujourd'hui... la révélation eu le même effet que s'il s'était pris un sort en pleine poitrine. Il manquait d'air, tout autour de lui commençait à tourner, à s'éloigner comme s'il s’échappait de ce monde. C'était pas possible, pas maintenant.

« Monsieur Marshall ? »

Il revient sur terre. Son attention ce fixe sur les deux grands yeux ambrés encadré de montures rouge qui le fixent toujours. Elle sembla attendre quelque chose. Une réaction peut être, un simple « d'accord » ou n'importe quel mot qu'il serait capable de prononcer, mais William ce contente d'un simple mouvement de tête avant de ce lever pour rejoindre le jardin. De l'air frais c'est tout ce qu'il voulait pour le moment. Une brise légère faisait frissonner les arbres à la lisière du jardin, le crépuscule tombait lentement sur le village le laissant serin et paisible. Cette maison aurait pu l'être aussi si les chandelles ne dansaient pas à travers les carreaux de la chambre. La nuit tombe, le ciel s’obscurcit et le sorcier rentre chez lui. Le silence de la maison s'accompagne d'un pleur. Ce n'est pas celui de minuit, mais celui d'un nourrisson, ils résonnent à son oreille comme un écho lointain qui lui bris le cœur un peu plus à chaque seconde.
C'est finit.

Le parquet craque de nouveau, quelqu'un descend l'escalier, cette fois c'est la sage-sorcier accoucheur qui se présente devant lui, elle sourit brièvement, ses yeux sont fatigué et légèrement rougis quand elle lui tend quelque chose enveloppé dans un drap blanc. William ne bouge pas, il reste là tel une statue figé par l'angoisse et l'appréhension de cette première rencontre. Quelque chose le pousse dans le dos, machinalement, il tend les bras pour qu'on y dépose l'enfant. Le cœur du jeune père se met à battre douloureusement au fond de sa poitrine quand il découvre le visage rond et rose du nouveau-né. Il a les yeux clos, il dort, du moins il en à l'air, le sorcier ne détache pas son regard de ce petit être même quand des « félicitations » se font entendre de la part de ces étrangers. Il était là, maintenant, qu'est ce qui va se passer ?

« Où est Pearl ? »

Pourquoi n'était il pas simplement monté, elle aurait tenu l'enfant comme l'aurait fait toutes mères, elle était forcément plus à l'aise que lui qui portait presque le cocon de draps à bout de bras. Il devait le donner à Pearl, il allait le laisser tomber ou simplement brisé ses os à cause de ses mouvements trop brusque. C'est aux mères de tenir les enfants, les pères ne savent pas le faire, tout le monde sait ça.. Du moins, c'est ce qu'il se disait. La question jette un froid étrange, quelques regards sont échangés, de la pitié, de la tristesse, certain n'osent plus regarder l'enfant ou simplement relever le nez. C'est cette femme aux lunettes rouges qui s'avance et pose une main trop formelle sur l'épaule du jeune père.

« Monsieur Marshall, peut-être, pourriez-vous donner votre fils aux infirmières quelques secondes, elles se feront un plaisir de l'habiller, est ce que vous avez déjà quelques affaires ? »

Cette fois c'est avec un soupir agacé qu'il désigna un coin de la pièce ou quelques affaires de puéricultures étaient entassé, c'est la seule chose que l'homme n'avait pas jugé utile de ranger. Il s'énerve et rend l'enfant à la première paire de bras qui ce présente avant de s'assombrir en regardant la demoiselle.

« Je veux voir Pearl. »
« Nous y allons monsieur Marshall. »

Elle désigna l'escalier d'un mouvement de main, incitant le sorcier à  rejoindre la chambre, William gravit les marches, chaque pas est lourd et semble s'enfoncer un peu plus dans le plancher, l'espace d'une seconde, il craint de ne jamais arriver jusqu'en haut, peut être qu'il va s'effondrer avant d'avoir passé la porte, c'est du moins la sensation qu'il a. Il s’arrête en face de la chambre, son regard descend vers la demoiselle à ses côtés, il aimerait lui demander ce qui ce passe avant de franchir la porte mais une boule se loge dans sa gorge et l’empêche de prononcer un seul son. La sorcière ouvre la porte sur une chambre éclairé par la lueur de quelques chandelles, le medicomage est présent, il s'avance lentement en contournant le lit sur lequel est allongé Pearl. Ses yeux sont fermés, son visage lui semble éteint, comme si elle dormait un peu trop profondément, son corps est couvert d'un drap blanc qui épouse parfaitement ses formes, d'autres draps, eux,  sont tachés de sang et gisent au sol quelques secondes avant que la jeune femme aux lunettes ne les fasse disparaître d'un coup de baguette. Il y avait beaucoup trop de sang, et il n'en fallait pas plus à William pour comprendre ce qui s'était certainement passé.
Lentement, il s’approche du lit ou repose toujours sa compagne au visage de porcelaine. Sa main vient glisser sur les draps pour frôler sa peau glacée et rejoindre sa joue qui manquait tellement de couleur. Peut être espérait il qu'elle ouvre les yeux à ce simple contacte, puisqu'il était là maintenant, elle pouvait sourire et se réveiller. Son enfant l'attendait, il devait être impatient de ce lover contre sa mère. Mais Pearl n'ouvre pas les yeux, son visage reste figé sans un sourire, à ses côtés le médicomage parle à mis voix, il chuchote quelques explications confuses bourré de culpabilité et de réconfort maladroit. « On ne pouvait pas y faire grand chose », « Malheureusement ça arrive parfois », « Elle s'est éteint rapidement », même aujourd'hui, même en étant sorcier, il y'a des choses qui nous restent impossible.
On ne va pas à l'encontre de ce que la nature décide, et ça, même avec une baguette ou beaucoup d’espoir et de bonne volonté. William écoute, pourtant, la voix de l'homme n'est qu'un bourdonnement à ses oreilles, il a de nouveau l'impression d’étouffer, il aurait aimé crier, laisser exploser la rage et la frustration qu'ont laissé ce sentiment d'impuissance, mais il ne fait rien. Il reste debout à fixé ce qu'il reste de la femme qu'il a aimé, on finit par le laisser seul avec elle le temps qu'ils puissent lui dire « au revoir ».
Il avait toujours trouvé cette idée ridicule, même maintenant, debout à ses côtés. Pearl était partie et il n'avait pas eu le temps de lui dire qu'il l'aimait, ou qu'elle était la plus belle chose dans sa vie. Il restait beaucoup de trop de choses qu'il voulait lui dire et qu'elle ne saura jamais. C'était trop tard maintenant.

Il reste seul dans la chambre, il y reste des minutes entières, il aimerait y rester des heures, mais on finit par remonter. Machinalement, il suit cette petite femme et ses lunettes rouges, son regard se tourne vers la porte qui ce referme de nouveau sur le visage de sa femme, cette fois son visage est couvert et c'est la dernière vision qu'il gardera d'elle. En bas tout le monde se prépare au départ, on a mis l'enfant dans un landau de bois, le laissant se reposer quelques instants, William n'y prête pas grande attention, il n'y a que Minuit qui renifle les couvertures en agitant la queue de droite à gauche. Le sorcier a besoin de quelques minutes pour ce remettre, la situation lui semble toujours surréaliste, le monde qui l'entoure ne semble pas l'affecter, il vagabonde d'un coin à l'autre de la pièce, le regard dans le vague, petit à petit sa maison ce vide, on lui dit qu'on a emmené le corps, qu'il faudra venir rapidement à stMangouste pour les détails, il hoche encore la tête en guise de réponse, la seule chose qui le préoccupe enfin c'est l'enfant. Personne le prend l'enfant ? Ils ne peuvent pas le laisser ici...
William n'a aucune idée de comment prendre soin de cette chose là. Son regard cherche désespérément quelqu'un qui viendrait s'occuper du nouveau né, la seule personne qui semble comprendre sa détresse est cette femme aux lunettes rouges. De son pas vif elle s'avance jusqu'au sorcier pour ce planté devant lui en le fixant d'un air sérieux, presque trop professionnel.

« Monsieur Marshall, est ce que vous allez y arriver? Vous savez dans ce genre de cas, quelqu'un peut venir vous soutenir et vous aider les premiers temps avec votre enfant »

Hors de question. Il en avait assez de tout ces gens chez lui, il n'était pas à l'aise avec ça et surtout, il voulait être seul désormais. Il  grogna un peu, haussant vaguement les épaules en secouant la tête pour signifier qu'il n'avait pas besoin de ça. Après tout il y'a longtemps qu'il n'avait plus besoin de personne pour survivre, et ce n'est sûrement pas cette femme agaçante qui allait lui dire le contraire. Il la toisa du regard avec un mépris glacial, peut être même qu'il se serait permis de la foutre à la porte s'il n'y avait pas tant de témoins. La jeune femme était déterminée, elle leva sa baguette qui fit voler un parchemin jusqu’à son bureau indiquant son nom et son lieu de travail au cas où le jeune père aurait des questions, ou simplement « le besoin de parler ». Parler. Il avait cessé de parler durant une année entière après que sa mère se soit pendu dans le salon de leur maison d'enfance, ce détail lui revient brutalement à l'esprit, brouillant sa vue un instant en laissant les souvenirs s’entremêler. Passé, présent, il ne savait plus vraiment ou il en était, il ne remarqua pas la porte qui se ferme pour le laisser seul à nouveau.
La solitude, c'est la seule chose qu'il voulait, pouvoir rester assis sans rien faire, sans rien dire et rien penser, c'était quand même pas si compliqué non ? Maintenant ça l'était. Le sorcier s'était dirigé vers la cuisine quand les pleurs de l’enfant le stoppèrent net dans son élan. Il se figea sur place, il sursauta même l'espace d'une seconde. Le nouveau né était toujours là, il l'aurait presque oublié, il voulait l'oublier mais les cris du nourrisson lui résonnaient aux oreilles, insupportable, comme si un essaim de bourdons y vivait. Pourquoi l'enfant était il encore ici ? Il ne pouvait pas rester, personne avec un tant soit peu de bon sens n'aurait laisser ce nouveau né seul avec son père. William était simplement incapable de s'en occuper, d'ailleurs il ne l'avait même jamais vraiment désiré. Avec Pearl, il l'aurait certainement supporter peut être même qu'il aurait fini par s'y habituer ou l'aimer.. mais seul, c'était simplement inimaginable.
Le sorcier se rend à la cuisine, quelques bouteilles d'alcool avaient survécu à la purge de sa compagne. Il les avaient cachées un peu partout, un vrai jeu de piste, si d'ordinaire ça l'amusait de voir la vampire fouiller les moindres recoin à la recherche d'alcool, cette fois, ça n'avait plus rien d'amusant. De rage, de fatigue et de chagrin, il fit voler en miles éclats tout ce qui pouvait se tenir entre lui et ses bouteilles, le bruit des éclats et du fracas des meubles, fioles, et autres bibelots fit pleurer l'enfant de plus belle, l'homme n'y prêtait pas attention, à vrais dire c'est comme s'il n'entendait plus rien. Il n'y avait plus que lui et sa bouteille de pur feu dégoté sous l'évier. Une gorgée, puis deux, finalement c'est n'est qu'en voyant le fond qu'il décide de respirer pour reprendre son souffle. L'alcool lui brûle la gorge et les méninges, il en à besoin au moins ça lui rappelle qu'il est en vie. En vie et maintenant père. Décidément cette idée n'arrive pas à s'imposer à son esprit, plus les minutes passent et plus l'envie de s'en défaire le tourmente. Il sera mieux ailleurs, ailleurs ce sera jamais pire qu'ici.

Il est presque deux heures du matin quand le sorcier se décide de partir. Il a chaudement emmitouflé l'enfant dans une couverture de laine. Le bambin dort, il semble plus calme soudainement, peut être rêvait il déjà à une autre vie loin d'ici. William sort accompagné de minuit, la route jusqu'au prochain village est longue et il ne faut pas perdre de temps. Ses pas sont rapides, il s'enfonce à travers les bois qu'il connaît déjà si bien tenant toujours dans ses bras l'enfant bercé au rythme de sa marche. Il n'a pas bougé, il n'a même rien dis, il s'est contenté de dormir jusqu'au village moldu. Deux heurs de marches, mais il y était. Les rues étaient vides, tout le monde dormait encore pourtant le sorcier ne voulait pas traîner d'avantage dans le secteur. Il rejoignit l'église au centre de la place, il parait que c'est là que les moldu abandonnent les enfants qu'ils ne désirent pas, ou du moins c'est quelque chose qu'il avait entendu un jour. De toute façon quelqu'un finirait bien par le trouver, dans quelques heures tout le village allait s'éveiller.
Tout ira bien.
Il s'approche lentement de l'édifice en guettant les alentours, alerte du moindre mouvement ou murmure mais il est définitivement seul ici ... Alors il dépose l'enfant en haut des marches juste en face de la grande porte de bois avant de tourner les talons pour ce précipité dans la première ruelle à sa porté. C'était fait.. c'était même plus simple que ce qu'il avait imaginé. Son cœur battait vite, il aurait dû se sentir soulagé, pourtant quelque chose continuait de le tourmenter.. Ça ira mieux après quelques verres. Machinalement il ouvre la main pour que Minuit lui lèche les doigts en guise de réconfort, mais cette fois il ne trouve aucun réconfort.

« Minuit ? »

Il tourne la tête pour chercher l'animal des yeux, un élan de panique s’empare de lui à l'idée que l'animal ce soit perdu, mais il était loin d'être perdu, il était simplement en haut des marches au côté de l'enfant drapé dans sa couverture. Les deux amis s'observent en silence, William retient même sa respiration, il commence par un regard, puis un signe de la main pour faire venir son compagnon.

« Minuit.. Au pied. On rentre. Viens ! »

Il ne peut pas crier, mais son intonation n'en reste pas moins violente, presque agressive. Son plus vieil ami refusait de laisser l'enfant à son propre destin. Il aboyait, il aboyait fort en s'agitant tout autour de l'enfant qui se met à pleurer. Minuit l'accompagne de quelques complaintes avant de ce coucher à ses côtés en poussant l’amas de tissu du bout du museau. Le sorcier ne peut qu'assister à la scène, impuissant et dévaster. En un soir il avait perdu tout ce qu'il avait toujours aimé dans sa vie.

« Parfait ! Reste ici ! »

Ce n'est qu'un chien après tout !
Il aurait aimé que ce soit aussi simple, par moment il se maudissait de ne pas être qu'un morceau de pierre incapable d'éprouver la moindre émotion. Les pleurs de l’enfant résonnent à travers le village, William s'en va, il est prêt à tout abandonner ici, c'est de toute façon, ce qu'il y'a de mieux à faire.. pas à pas, il sent son cœur se serrer un peu plus jusqu’à ce qu'il ai la faiblesse de ce retourner. Minuit est là, il est assis juste en face du cocon de laine d’où s’échappe désormais deux minuscules mains blanches. Elles s'agitent en l’air comme si elles cherchaient quelque chose. La père à un instant d'hésitation.. et si personne le trouve finalement ?
C'est un véritable conflit dans son esprit, pour la première fois depuis longtemps il doute, il ne sait pas quoi faire, il est simplement perdu et abandonné. Il faudra qu'une lumière s'allume à la fenêtre de l'église pour que le sorcier se décide à bouger. Son corps se met en mouvement, il court jusqu’à l'église pour attraper l'enfant et s’enfuir de nouveau vers les ombres de la ruelle. La porte s'ouvre sur une place vide, quelque regards à droite, puis à gauche avant de simplement disparaître une nouvelle fois derrière la porte de bois.
William n'a pas bougé, il est tapi dans l'ombre d'une étable, son enfant toujours fermement tenue entre ses bras. Il ne pleures plus, du moins plus aussi fort, une fois qu'il se sait seul, le père daigne enfin poser le regard sur son enfant. Il croise les yeux bleu du bébé qui l'observe sans un mot. Il a les yeux bleu, comme ceux de Pearl. Ce détail l’ébranle un moment et laisse le champ libre au nouveau né de réduire à néant ses maigres défenses.
Il sourit, il a l'aire de sourire en tout cas, sa petite main s'agite encore une fois jusqu’à se poser sur celle de son père, les minuscules doigts se referment sur l'indexe beaucoup trop grand. Il le tient fermement, c'est comme s'il lui demandait de rester.. Pourtant, c'était idiot.. Ce n'est qu'un bébé il ne peut pas avoir ce genre d'idée.. Mais William reste, il le regarde fermer les yeux lentement pour s'endormir de nouveau.. Comment pouvait il dormir si paisiblement alors qu'on venait d'essayer de l'abandonner ? Quelques sanglots viennent briser le silence de mort qui régnait tout autour d'eux, il aurait aimé retenir ses larmes, ne jamais les laisser couler, mais c'était trop difficile. Il aurait voulu crier sa rage simplement pour que la douleur s'atténue, il ne lui restait de Pearl que des souvenirs et leur enfant. Comment avait il même simplement pensé à l'abandonner ? Son propre geste le dégoutta au point de lui donner la nausée. L'alcool, la fatigue et l'angoisse assaillaient son esprit à lui en donner le tournis. Il devait rentrer, rentrer et dormir.. Tout ira beaucoup mieux demain... ça devait allait mieux  et ça ne pouvait de toute manière pas être pire qu'aujourd'hui. Rien ne pouvait être pire que ce jour, ce jour qui devait être le plus beau de sa vie à ce qu'il parait.. il s'était pourtant transformé en cauchemar..

Le 7 Septembre 1940

Cela fait maintenant deux jours que William avait décidé de garder l'enfant. Évidement il n'avait pas jugé utile de mentionner son escapade à la petite sorcière à lunette. Elle était revenus, comme promis, c'est même elle qui s'était occupé de l'enfant, en le nourrissant, le changeant ou en lui donnant son bain. Le père n'avait fait qu'observer de loin entre deux verres vides, il n'arrivait toujours pas à vraiment s’invertir dans cette relation.. d'ailleurs il y avait encore un détail à régler.

« Monsieur Marshall, est ce que vous  réfléchit à un nom ? »

L'enfant n'avait pas de nom. William se contentait d'un « bébé » quand il devait le nommé, ça ou un simplement signe de tête dans sa direction.. Alors non, l'enfant n'avait pas encore de nom.. Il n'avait même pas réfléchi d'un prénom avec Pearl.. et bébé semblait de toute façon être la meilleure appellation pour cette petite chose.

« Il va vraiment falloir lui donner un nom.. Quelque chose qui vous ferait plaisir... C'est simple, le premier qui vous vient à l'esprit, fait confiance à votre instinct ! »
«  ... Lucian. »

C'était sorti tout seul .. c'est ce qu'elle avait demandé non ? Il ne me souvenait même plus pourquoi il aimait bien ce nom... à une époque bien trop lointaine où il s'imaginer avec une famille, il s'était certainement promis d'appeler son fils comme ça.. Parce que c'était jolie.. Quelque chose de stupide dans ce genre-là..

« Lucian Marshall.. c'est jolie en effet »

Elle était partie dans la cuisine en prenant soin de laisser l’enfant seul en compagnie de son père. Le bébé le fixait une nouvelle fois de ses yeux bleu, son regard ne ce détournait pas de la silhouette de son père, par moment ses grands yeux ronds roulaient jusqu’à minuit avant de simplement ce reporter sur le sorcier. William était un peu mal à l'aise, il avait toujours horreur de se sentir si impuissant et démunie face à la situation.. Il détourne les yeux quelques fois, pourtant son regard finit toujours par rencontrer celui de l'enfant.. Comme un réflexe qu'il ne comprend pas.
Les minutes passent et le sorcier rôde autour de l'enfant sans même s'en rendre compte, la sorcière ne reviens pas d'ailleurs il finit même par ce planté dans l'encadrement de la porte de la cuisine. Personne, un simple parchemin flottait au dessus de la table avant devenir voler dans les mains du sorcier. « Parti faire quelques achats ». C'est une blague, elle venait de l'abandonner là à son sort, seul avec son fils alors que le lait bouillonnait pour le repas de l'enfant.
Qu'est ce qu'il est supposé faire ? Il ce plante devant le feu sous le chaudron en observant le contenue bouillonner lentement. C'était un excellent potioniste mais il était simplement incapable de préparer un biberon. A ses coter, minuit l'observe, les deux amis se fixent un moment comme s'ils s'attendaient à ce que l'autre trouve une solution ou se mette à donner de merveilleux conseils, mais son chien était tout aussi incapable de préparer le repas de l'enfant. Une complainte s’échappe du salon, visiblement le nourrisson n'a pas l'intention d'attendre le retour de sa bienfaitrice.
Son père tourne en rond quelques secondes avant de se résigner à le faire lui même, d'un coup de baguette il remplit le biberon de verre pour l'amener à l'enfant. Il marque de nouveau une pause en se plantant devant la petite chose qui agite les jambes et les bras dans son landau, il le fixe de nouveau de ses grands yeux quand le visage de son père apparaît, son regard glisse jusqu'au biberon blanc avant de se mettre à pleurer de plus belle.

« Arrête de pleurer ! Je te l'ai fait non ? »

Il le tend devant le lit, s'attendant presque à ce que l'enfant le saisisse de ses propres mains pour se nourrir seul. Minuit soupir longuement en posant son museau sur le rebord du lit, même lui semble désespéré par le comportement de son maître. Vexé d'un tel manque de soutiens William ignore simplement son ami à poil avant de poser le biberon sur la table et de venir prendre l'enfant dans ses bras. Il hésite au niveau de sa prise, remonte ses mains deux trois fois sur le corps de l'enfant avant de se risquer à l'attraper.
Voilà.
Il le porte à bout de bras, osant à peine le serrer, par réflexe il l'approche de son torse pour le lover un peu mieux. Un réflexe encore bien étrange pour le sorcier, mais c'est vrais que c'est plus simple dans cette position, légèrement penché en arrière et les jambes fléchis... Parfait... et maintenant ? Minuit se précipite vers le divan de soie encore griffé par endroits et se met à aboyer. Visiblement ça ressemblait à une invitation, assis il serait bien mieux, le sorcier se maudissait de ne pas y avoir pensé avant mais s’estimait heureux que personne n'assiste à sa démarche de crabe pour se rendre au divan. Une fois crispé sur son canapé, il attira le biberon d'un coup de baguette avant de replacer l'enfant correctement dans ses bras.
Il était sage, peut être même un peu trop , il n'avait ni bougé ni pleuré, comme s'il savait parfaitement que ça aurait rendu la tache plus compliquée à son père. Ses petits yeux bleus le fixent de nouveau dans un sourire un peu trop mignon au goût du sorcier qui lui donne enfin son repas. L'homme se détend lentement en voyant les yeux de l'enfant se fermer un peu plus à chaque gorgée qu'il prend, c'est d'une telle efficacité qu'il en reste surpris, après quelques minutes voilà que le bambin est sur le point de dormir.
Il avait fait ça tout seul, une sensation chaude et agréable s'était brièvement emparé de lui avant que son fils ne vomisse sur sa chemise. William se fige, il se crispe de nouveau alors que l'enfant ce contente d'un hoquet avec de fermer les yeux une nouvelle fois. Décidément, même en y mettant du sien ça semble irraisonnablement compliqué. Il repose l’enfant avant de se nettoyer d'un coup de baguette sous le regard de Minuit, s'il avait pu rire comme l'aurait fait un homme, il est certain qu'il serait en train de se moquer de son maître.. Mais au moins, tout était fini maintenant.
La porte s'ouvre, laissant entrée la petite sorcière à lunette chargée de provisions et de divers sacs de couleurs. William lui adresse un regard noir et sans même décrocher un mot il se rend à l'étage pour se reposer... Du moins il aimerait, car l'enfant se met de nouveau à pleurer.

« Ça ne s’arrête jamais... »
« J'ai bien peur que nom Monsieur Marshall. Est ce que vous l'avez changé avant de le coucher?»

L'idée ne lui serait même pas venue à l'esprit. Il s'immobilise sur les premières marches de l'escalier avant de lentement tourner la tête vers la demoiselle et ses lunettes rouges. Elle pose quelques sacs avant d'aller prendre l'enfant dans son lit. William l'a assez observé pour remarquer qu'elle est complètement à l'aise avec les marmots, du moins plus que lui en tout cas. Tapotant lentement le dos de l'enfant elle s'approche du père avant de lui coller de nouveau dans les bras. Une odeur nauséabonde s'en dégageait, encore pire que celle du lait caillé qui imbibait la chemise de son père. William posa les yeux sur la sorcière, suppliant presque du regard pour qu'elle le sauve de cette épreuve qu'il savait beaucoup trop difficile pour lui.
Elle ne céda pas, elle ne céderait plus, William l'avait compris maintenant. Même si la situation l'agaçait au plus haut point, il se dirigea vers le comptoir dans un soupir profond. Sous l’œil critique de la demoiselle, il changea son premier langé et fut forcé de recommencer plusieurs fois pour s'assurer qu'elle tenait bien en place. Il avait réussit même s'il avait songé à plusieurs reprise de laisser l'enfant là et s'écarter pour respirer convenablement, il ne pouvais pas ce montrer si misérable devant cette sorcière, sa fierté l'en avait empêché et pour une fois elle lui avait été utile. Il s'améliorait, c'était infime, mais il sentait que tout ça  finirait peut être par fonctionner tout compte fais... du moins, tant que cette sorcière sera là pour l'aider, mais le jeune père savait pertinemment que ça ne durerait pas éternellement. Il redoutait déjà cet instant ou elle partirait pour ne plus revenir, le laissé éternellement seul avec son fils.

Le 12 Septembre 1940


Cela faisait une semaine que Lucian avait vu le jour et pourtant William avait la sensation que ça faisait des mois entier qu'il n'avait pas dormis une nuit complète. Il était fatigué et seul l’enterrement de Pearl avait lieu aujourd'hui mais l'homme ne s'y rendrait pas. Il n'avait aucune envie de croiser le père de sa défunte compagne, ni lui ni personne d'autre en réalité, il n'avait d'ailleurs pas pris la peine d'avertir qui que ce soit, laissant ce soin à la famille Byron. C'était trop douloureux à affronter, en refusant de faire son deuil avait l'étrange impression que Pearl restait avec lui un peu plus longtemps.
Tout comme avec sa mère, il mettrait du temps à s'en remettre, elle avait laissé une emprunte sur son cœur et sur son âme qui n'effacerait jamais. Toutes les femmes qui ont un tant soit peut compter pour lui finissent par disparaître brutalement, il devait se contenter de les regarder partir, de n'avoir que des regret ou des coffres prenant la poussière remplis de souvenirs presque éphémères. Il ne voulait plus de tout ça. Ce qu'il voulait c'était rester seul, seul avec son fils. Cette semaine avait suffi à l'homme pour qu'il se rende compte qu'il avait besoin de son fils. Même si c'était difficile, même s'il avait voulu l'abandonner, Lucian lui donnait une raison de ce lever, il lui donner une raison de vivre encore un peu car même si William avait beaucoup de défauts, il était définitivement incapable de laisser mourir son enfant.
Il buvait beaucoup, se nourrissait peu mais n'oubliait pas de nourrir le petit. Il dormait même à ses côtés dans le salon car il était encore incapable de coucher dans le lit qu'il avait partagé avec Pearl, chaque soir il espérait trouver la force de ce lever le lendemain et fut toujours surpris d'y arriver.
La petite sorcière à lunette rouge avait cessé de venir depuis la veille, le jeune père était maintenant seul avec ses doutes et ses angoisses, même s'il pouvait toujours contacter cette femme, sa fierté lui interdisait.. Après tout elle avait passé une semaine à lui expliquer et répéter dans le moindre détail tout ce qu'il fallait faire ou savoir pour bien s'occuper d'un bébé...
Maintenant c'était le grand saut.
William ne savait pas s'il allait s'en sortir, il n'avait même aucune idée de comment faire pour surmonter ça, mais tant que l'enfant l'occuper un minimum, ça l’empêchait de sombrer dans les abysses. Ses nuits étaient arrosées d'alcool pour qu'elles soient plus calmes, ses réveils sont douloureux et brumeux, mais il se lève, il agit machinalement, répétant ce qu'il avait vus, ce qu'il apprenait à faire, il ne vivait plus.
Il survivait.

Le 19 Septembre 1940

Une semaine de plus s'écoula, les volets restent fermés et William n'est toujours pas sorti de chez lui depuis la naissance de l'enfant. Les gens se demandent ce qui ce passent derrière les murs de l’apothicaire, les lumières s’allument aux fenêtres, témoignant qu'on y vie toujours, et pourtant on ne voir personne. Peut être faut il simplement un peu de patience, après tout il sera bien obligé de sortir un jour ou l'autre ? Les rumeurs sur la mort de sa femme courent lentement, le courrier s'entasse toujours un peu plus mais le jeune père ne daigne toujours pas franchir le seuil de sa porte. Il reste seul avec ce qui lui reste de famille, Minuit et son fils et espère que le monde finisse par oublier leurs présences tout comme il aimerait oublier tous ses malheurs.


   


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There's no room in war for feelings, hurt me to the core, still healing and I know you're no good for me. So I try to forget the memories. You left your mark.
I got these scars, reminding me to forget